Intensité carbone du réseau électrique par pays : pourquoi un seul chiffre ne convient jamais

Dernière révision : 2026-07-30

Un même unit, une variation de 25 fois

Un kilogramme de CO2e par kilowatt-heure est une unité fixe, mais le nombre qui l'accompagne dépend entièrement de celui dont le réseau a généré le kilowatt-heure. Le tableau ci-dessous aligne les facteurs d'émission du réseau national, chacun avec sa propre année et sa propre source, car un chiffre « d'intensité carbone du réseau » cité sans date et sans pays ne signifie presque rien : ces chiffres changent d'année en année à mesure que les bouquets énergétiques évoluent, et ils varient selon la source de génération, pas seulement selon le pays.

Payskg CO2e/kWhAnnéeSource dominanteSource
Norvège0,0282024Hydroélectricité (~90%+)Ember, Global Electricity Review 2025
France0,0412024Nucléaire (~65%)Ember, Global Electricity Review 2025
Suède0,0352024Hydro + nucléaireEmber, Global Electricity Review 2025
Brésil0,1102024Hydroélectricité (majorité)Ember, Global Electricity Review 2025
Royaume-Uni0,1772025 facteursGaz + éolienFacteurs de conversion UK DESNZ 2025
Allemagne0,3302024Charbon + gaz + éolien, mixteEmber, Global Electricity Review 2025
États-Unis0,3732022Gaz + charbon, mixteEPA eGRID2022 (823,1 lb CO2/MWh)
Chine0,5262024Charbon (majorité)Ember, Global Electricity Review 2025
Australie0,5252024Charbon (majorité)Ember, Global Electricity Review 2025
Pologne0,5892024Charbon (majorité)Ember, Global Electricity Review 2025
Inde0,6702024Charbon (majorité)Ember, Global Electricity Review 2025
Afrique du Sud0,6992024Charbon (~80%+)Ember, Global Electricity Review 2025

De la Norvège à l'Afrique du Sud, c'est approximativement une portée de 25 à 1 sur le même unit. Ce n'est pas du bruit de mesure ; cela reflète une infrastructure physique véritablement différente. Un kWh prélevé à Oslo et un kWh prélevé à Johannesburg sont la même quantité d'énergie livrée à une prise de courant, et une quantité absolument différente de carbone libérée pour la livrer.

Pourquoi l'écart est si important

La génération hydroélectrique et nucléaire produisent toutes deux de l'électricité avec des émissions de CO2 direct presque nulles par kWh généré (leur empreinte du berceau au tombeau, à partir de la construction et de l'exploitation minière du carburant, est faible mais non nulle et n'est pas comptabilisée dans les chiffres opérationnels ci-dessus). La Norvège, la France, la Suède et le Brésil se situent près du bas du tableau car chacun a développé l'une ou les deux de ces sources à l'échelle nationale il y a des décennies, pour des raisons qui n'avaient rien à voir avec la politique climatique à l'époque — la Norvège pour le terrain hydroélectrique, la France pour l'indépendance énergétique après le choc pétrolier de 1973. Le charbon, en revanche, émet environ deux fois plus de CO2 par kWh que le gaz pour la même production d'électricité, et les pays en haut du tableau — Afrique du Sud, Inde, Pologne, Chine, Australie — génèrent toujours la majorité de leur électricité à partir du charbon, soit parce qu'il est localement abondant et bon marché, soit parce que leurs réseaux ont été construits autour de celui-ci avant que des alternatives moins chères n'existent. L'écart entre le haut et le bas de ce tableau est, en effet, un écart dans l'histoire industrielle nationale, pas un écart dans les définitions de l'unité.

Un chiffre annuel en masque un horaire

Chaque chiffre du tableau ci-dessus est une moyenne annuelle pondérée par la génération, et il cache une réelle variation au cours de chaque année. Un réseau ayant une capacité solaire substantielle est mesurément plus propre à 13h par un jour ensoleillé qu'à 19h par une soirée hivernale sans vent, quand les usines à gaz ou au charbon sont mises en ligne pour combler l'écart ; dans un réseau comme celui de l'Allemagne ou de la Californie, l'intensité carbone d'un kWh peut plus que doubler entre ces deux moments. La moyenne annuelle du tableau est le bon chiffre pour comparer les pays entre eux ou pour une divulgation annuelle du carbone ; c'est le mauvais chiffre pour décider quand, au cours d'une journée, faire tourner un lave-vaisselle ou charger un véhicule électrique pour le kWh le moins intensif en carbone, ce qui est une question à laquelle plusieurs exploitants de réseau répondent maintenant avec des données en temps réel, pas annuelles.

Où le chiffre propre de ce site de 0,445 s'inscrit

Les outils de conversion de carbone sur ce site utilisent 0,445 kg CO2e/kWh, l'intensité carbone du secteur de l'électricité mondiale moyenne mondiale publiée par l'AIE pour 2024 (AIE, Electricity 2025), documentée dans le guide CO2e. Ce chiffre n'apparaît pas en tant que ligne dans le tableau ci-dessus car ce n'est pas un chiffre national du tout : c'est une moyenne pondérée par la génération sur chaque réseau sur Terre, y compris les douze pays ci-dessus et chacun non répertorié. Il se situe à l'intérieur de la plage de ce tableau, plus proche du centre mixte alimenté (Allemagne, États-Unis) qu'à l'extrême, précisément parce que l'électricité mondiale est générée par un mélange de réseaux très propres et très sales, et les grands générateurs dominés par le charbon (la Chine seule représente approximativement un tiers de la génération mondiale) tirent la moyenne vers le haut à partir d'où l'Europe et les Amériques seules la placeraient, tandis que les réseaux dominés par le gaz et à bas carbone ailleurs la ramènent.

Appliquer 0,445 à un kWh norvégien surestime son empreinte de plus d'un ordre de grandeur ; l'appliquer à un kWh sud-africain la sous-estime de plus de 35 %. Une constante mondiale unique peut être justifiée comme paramètre par défaut quand le réseau d'un utilisateur est inconnu, et injustifiable comme substitut à un chiffre national ou régional réel une fois que celui-ci est disponible — ce qui est exactement la mise en garde que la page Méthodologie indique déjà à propos de ce chiffre, et ce tableau existe pour rendre concret avec des pays réels et des chiffres réels.

Voir aussi : Méthodologie et Politique éditoriale -- comment les facteurs de conversion de ce site sont sourcés et révisés.